Séides d'Aazarh

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 [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut

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Indiana Jokes
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MessageSujet: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Lun 3 Aoû 2009 - 22:45

Yep, voilà, j'ai écrit une autre nouvelle, mais cette fois-ci c'est pas de la SF, c'est une enquête policière...

Elle est terminée, mais sur papier... donc il faut que je dactylographie au fur et à mesure... elle fera maximum dix pages si je me plante pas... à vous de voir si vous avez le courage...

La curiosité est un vilain défaut


Partie 1 : mauvaise nouvelle

Une douce odeur flottait dans l'air, un arôme de café légèrement sucré, une sensation qui réchauffait le cœur. Michel Daman en avait bien besoin. Après une autre nuit passée à écrire dans son bureau, sa mine semblait affreuse. De nombreuses cernes encerclaient ses yeux, aussi sombres que la jeune barbe qui décorait ses joues. Machinalement, Michel quitta son journal des yeux pour observer la serveuse dont le bruit de pas l'avait alerté. Ne trouvant pas la force de dire « merci », il lui adressa un signe de tête lorsque celle-ci vint déposer la tasse fumante sur sa table. Il resta un instant pensif, tiraillé entre l'envie de terminer de lire son article et celle d'ingurgiter au plus vite le liquide à l'origine de cette délicieuse odeur. Il opta finalement pour la seconde, convaincu que les malheurs du monde pouvaient bien se passer de lui encore quelques minutes. Il fit la moue lorsque son café lui brûla la gorge, mais accepta bien volontiers se sacrifice lorsqu'il sentit nettement sont corps tout entier se réchauffer. Satisfait, il prit une grande inspiration et déposa ensuite son bras et la tasse qui l'accompagnait au centre de la table, non loin de son chapeau. De l'autre main, il retourna alors son journal qui crissa en se dépliant. Ses yeux parcoururent les titres, cherchant à éclipser son malheur derrière l'atrocité de la réalité mondiale. Ses petits tracas ne pesaient pas lourds à côté des guerres et autres famines qui sévissaient dans les pays voisins. Son divorce et ses ennuis de santé paraissaient insignifiants à présent. Sans détacher les yeux des caractères noirs d'imprimerie, il ramena son autre bras et sirota une autre gorgée. Une petite voix au fond de lui soufflait à son oreille que son prochain roman serait beaucoup plus noir et déprimant que tous les précédents.

Soudain, ses yeux s'écarquillèrent après s'être arrêtés dans un encadré de la page 28. Un sentiment étrange fit place à la chaleur qui avait prit possession de son âme, une sensation que beaucoup connaissent, la rupture de la barrière entre l'illusion et la réalité. Les mots s'imprimèrent sur sa rétine un à un, sans qu'il sache si il était dans un rêve ou non. « Étrange suicide du professeur Karl Niederlitz à son domicile ». Devant une vérité si dure à avaler, Michel ne bougeait plus. La tasse blanche au bord des lèvres, il était comme pétrifié. Après de longues secondes, réalisant qu'il n'avait pas changé d'univers, il entreprit de lire plus en détails. Il éplucha plusieurs fois le texte, à la recherche d'un quelconque indice sur ce qui aurait pu pousser son ancien ami à commettre l'irréparable. Mais à part une biographie succincte du professeur et l'heure et la date du décès, ce torchon ne contenait rien de probant. L'article parlait même d'une « sois-disant » folie passagère, voire peut-être bien plus ancienne et enfouie dans l'esprit du scientifique. Il était outré. Son café maintenant froid, Michel se leva, déposa un billet sur la table, attrapa sa veste et son chapeau et sortit précipitamment du bistrot. Il voulait savoir, et il allait savoir. Le journal abandonné était toujours ouvert à la page 28, dévoilant une photo en noir et blanc du défunt, datant manifestement de nombreuses années.

Une fois dehors, un vent froid lui fit regretter de ne pas être habillé plus chaudement, courant sur son visage raidi par la mauvaise nouvelle. Il ferma du mieux qu'il put sa veste, puis ajusta son chapeau, de peur que celui-ci s'envole. Il s'engouffra ensuite dans la petite rue en pente, désertée à cette heure matinale. Comme d'habitude, le rythme de ses pas devint inconsciemment régulier, et les idées purent affluer dans sa tête. Mais cette fois, l' écrivain ne cherchait pas l'inspiration, car la nostalgie avait fait son chemin avant elle. Il revoyait sa rencontre avec celui qui deviendra pour lui ce qu'il est convenu d'appeler, un véritable ami. Le jeune homme venait tout droit d'Allemagne, et après la guerre ses parents avaient jugés bon de l'envoyer étudier en France, loin de la haine et de la misère des vaincus. Bien évidemment, Karl s'était heurté à un mur de dédain et de rancœur dès son arrivée sur le territoire français. Mais il eu la chance que son chemin croise celui de Michel Daman, qui à l'époque était relativement asocial, et ne comptait pas le moindre camarade de jeux. Réunis par le rejet des autres, ils en devinrent d'autant plus proches et ce, malgré leurs différences significatives. Michel était fasciné par cette soif de savoir, cette curiosité du monde qui animait Karl. Celui-ci passait son temps à commenter d'épais ouvrages de zoologie, de philosophie, et parfois même de physique nucléaire. À l'inverse, Karl était émerveillé par cette capacité de Michel à créer des mondes imaginaires et à s'y réfugier lorsque le besoin s'en faisait sentir. Les romans de science-fiction avaient été ses lectures préférées. Tout les opposait, mais il restèrent malgré tout les meilleurs amis du monde, car l'un comme l'autre avaient trouvé une personne à qui parler, à qui se confier, quelqu'un capable de comprendre ce qu'il ressentait. C'est lors de leurs études supérieures qu'ils durent finalement se quitter, Michel choisissant des études littéraires tandis que Karl se tourna vers les sciences. Et malgré ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre, Michel ne l'avait jamais revu depuis. Quelques lettres vite rangées dans une vieille armoire constituaient les seuls contacts qu'ils avaient gardés. Les journaux lui avaient appris le reste : Karl était devenu un éminent chercheur dans tous les domaines. Il avait réalisé de grands travaux, poussé par son envie maladive de découvrir tous les mystères du monde. Par la suite, il avait même recommencé des études de philosophie, rédigeant des traités qui devinrent vite des « incontournables » du genre. Absorbé par son nouveau travail, Michel n'avait pas cherché à retrouver la trace de son ancien ami, ce qu'il regrettait amèrement à présent.

Une petite larme chercha à faire son chemin sur le visage serré de Michel alors que celui-ci traversait un passage pour piétons en direction du centre-ville. Il la balaya d'un geste de l'avant bras, plus par réflexe que par véritable honte. Il restait une chose qu'il ne comprenait pas. Comment un homme tant attiré par la connaissance du vivant pouvait-il décider d'en finir aussi brutalement? Il avait à présent la conviction que ce suicide n'était pas normal. Michel quitta alors sa réflexion intense pour se rendre que ses pas l'avaient bien menés au commissariat. Il n'avait pas le moindre souvenir du chemin parcouru, mais il était rendu à destination. Satisfait, il ouvrit son manteau au moment ou il passa la porte automatique.

Gris. C'était le mot que Michel aurait employé pour résumer le lieu dans lequel il venait de mettre les pieds. Gris les murs marqués par le temps, grise la lumière tamisée qui filtrait à travers les stores entrebâillés, gris les regards vitreux des fonctionnaires blasés par une routine assommante. Mais l'écrivain n'était pas venu se payer une déprime. Contenant la colère que venait de lui procurer la nouvelle de la mort de son ami d'enfance, il demanda à voir l'enquêteur chargé de l'affaire du suicide. Celui-ci le reçu dans un petit bureau de quelques mètres carrés, regorgeant de paperasse administrative.
-Entrez, je vous en prie, lui dit-il.
Michel vint s'asseoir en face du petit homme à lunettes qui venait de l'y inviter d'un geste discret de la main.
-Je viens vous parler du suicide de Karl Niederlitz, commença-t-il, mais le petit bonhomme le coupa net.
-Êtes-vous un proche de la victime?
Hésitant, Michel répondit.
-Oui, en quelque sorte, je suis un vieil ami. Il marqua une pause. Je voudrais savoir où en êtes-vous dans l'enquête.
-Quelle enquête? Il s'agit d'un suicide.
-Mais comment pouvez-vous en être sûr? Quelqu'un aurait pu l'assassiner pou s'approprier ses recherches ou bien pour garder un secret...
-Écoutez mon bon monsieur, je vais vous dire, moi quand je trouve un type pendu avec une lettre d'adieu à côté, j'en conclu que c'est un suicide, pas vous?
-Il...il y avait un mot? Questionna Michel, contrarié de ne pas avoir été informé par son journal.
-Bien sûr qu'il y avait un mot, répondit l'autre agacé. Vous ne pensez tout de même pas qu'il allait se pendre sans nous dire un petit « au revoir »?
Il s'arrêta et fouilla un instant dans ses tiroirs. Il en sortit alors une feuille de papier qu'il tendit à son interlocuteur. Il continua sur le même ton.
-Je ne peux pas vous montrer l'original, mais en voici une photocopie. Cela confirme la thèse de la folie, l'affaire à été très vite classée, ajouta-t-il.
Michel la lui arracha presque des mains, et lu stupéfait. L'écriture était bien la sienne, mais elle disait simplement « Maintenant je sais! » avec une signature.
-Pas...possible... Michel avait pratiquement chuchoté.
-Je vous demande pardon?
-Ce n'est pas possible je vous dit, jamais un homme comme lui n'aurait pu faire une pareille horreur, il aimait trop la vie, il avait tout ce qu'il pouvait désirer!
-Vous savez, j'entends la même chose à chaque fois. N'importe qui peut cacher sa folie, ou bien garder ses problèmes pour soi. Maintenant, soyez gentil, laissez moi travailler, j'ai encore du pain sur la planche.

Désemparé, Michel quitta le bureau pour sortir du commissariat en gardant en tête la phrase énigmatique « Maintenant je sais! ». Toujours persuadé de son point de vue, il fulminait et cherchait une explication. Après avoir fait quelques pas à l'extérieur, il s'arrêta et perdit son regard dans le lointain. Une idée venait de lui traverser l'esprit. Puisque personne ne semblait décidé à découvrir la vérité, il allait le faire lui même. Cette pensée l'amusa, il s'apprêtait à se lancer dans une enquête policière, comme dans ses romans? Pour cette fois, il allait vivre l'aventure et non pas l'écrire. Il fut interrompu dans ses pensées par un coup de vent particulièrement fort et froid. Michel s'enferma à nouveau au fond de sa veste et se résolu à avancer, traversant la foule d'un pas décidé.

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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Dim 27 Sep 2009 - 18:55

Partie 2 : Dans la maison d'un mort

Un tram et deux bus plus tard, Michel arrivait devant la demeure de son ami défunt. Il avait trouvé l'adresse dans le bottin d'une cabine téléphonique. La maison était imposante, ancienne et mystérieuse en un sens. Les briques d'un bordeaux profond étaient étaient couvertes de lierre par endroits, ce qui contrastait avec le blanc de la porte et du châssis des fenêtres. Une petite allée pavée et fermée par une grille menait à l'entrée principale. La protection de fer forgé faisait le tour complet de la propriété. Michel analysa longtemps l'édifice avant d'en faire le tour. Il trouva un coin un peu à l'écart, vérifia que personne ne l'observait, puis sauta habilement par dessus la grille. Un sentiment d'interdit lui figea les jambes, cette sensation parfaitement claire de briser la loi de sa propre volonté. C'était assez excitant. Michel traversa le petit jardin en courant et vint se réfugier près de la porte de derrière, qui était bien évidemment fermée. Il sortit alors fièrement un trombone de sa poche qu'il désarticula pour l'introduire dans la serrure. Mais après dix minutes d'essais infructueux, il abandonna, se disant pour lui même que ce vieux truc de polar ne fonctionnait absolument pas et qu'il devrait songer à ne plus utiliser cette facilité de scénario dans ses prochains écrits. Il allait se diriger vers une fenêtre pour d'autres tentatives, quand il eu un sursaut et s'arrêta sur place.
-Il me reste encore un cliché cinématographique à essayer, dit-il à vois haute.
Il fouilla alors minutieusement en dessous des objets proches et finit par trouver une petite clé rouillée en dessous d'un géranium de magnolias. Et un sourire se dessina sur son visage lorsqu'il entendit distinctement le verrou s'écarter et vit la porte s'ouvrir avec un léger grincement, tel un murmure.

Une odeur de vieux papier le prit aux narines lorsqu'il entra. Il faisait très sombre mais Michel ne préféra rien allumer, de peur que cela soit visible de l'extérieur. Le plancher émettait une plainte à chaque fois qu'il posait le pied, et il avançait lentement, les mains en avant pour plus de sûreté. Ses yeux n'étaient pas encore habitués à l'obscurité profonde des lieux et ils ne pouvaient distinguer les objets, Michel voyait seulement des formes noires qui tranchaient avec les murs plus clairs. Il traversa un couloir, puis un second, passa une porte entrouverte et déboucha sur une grande pièce qui devait être le salon. Les yeux de Michel qui clignaient avec insistance, effectuant une difficile mise au point. Celui-ci remarqua pourtant bien vite que le désordre et la saleté qui régnaient ici n'avaient pas pu prendre possession des lieux en seulement deux jours qui le séparaient de la mort de son ami. Des livres en partie déchirés jonchaient le sol, couverts de poussière. Une armoire gisait sur le flanc, et les bouteilles qu'elle avait contenu étaient maintenant éparpillées en morceaux à même le plancher. Des dizaines de toiles d'araignées se disputaient les quatre coins de la pièce. Comme si quelqu'un avait tout mit sans dessus-dessous il y a fort longtemps. À cette pensée le sang de l' écrivain se figea. Était-il possible que Karl soit vraiment devenu fou? Que tout ceci soit de son fait? Michel ne voulait toujours pas y croire, et maintenant que ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité ambiante, il allait trouver des réponses.

Il inspecta soigneusement la pièce, mais ne découvrit rien d'extraordinaire. Il poussa un long soupir de déception et s'apprêtait à continuer son exploration lorsqu'une faible lueur filtrée sous une porte qu'il n'avait jusque là pas remarqué attira son attention. Déplaçant une étagère qui lui barrait le chemin, Michel entreprit de suivre ce qui semblait à ses yeux être un signe du destin. À sa surprise, il contempla la cage d'escalier sur laquelle donnait cette porte. La lumière provenait d'une petite lampe suspendue à quelques centimètres de sa tête que personne n'avait jugé nécessaire d'éteindre. Manifestement, la police n'avait pas poussé l'investigation jusque là, il était donc sur la bonne voie. Les marches se plaignirent à chacune de ses enjambées, ajoutant une certaine tension à ce sentiment d'interdit qu'il avait ressentit tout à l'heure. Résolu à aller jusqu'au bout, il se rappela ses réflexions sur le héros de roman qu'il était devenu en relevant ce défi. Malgré cela, sa respiration n'était pas du tout régulière, et une goutte de sueur descendait maintenant de sa tempe à son cou. Il progressait pourtant, durant des secondes qui lui parurent des heures.
Michel déboucha finalement sur une simple porte, qu'il poussa après un bref moment d'hésitation. Celle-ci se laissa faire, s'ouvrant sur une pièce de taille réduite moins sombre que le reste de la maison. La raison en était simple, car contrairement aux rideaux lourds et long que l' écrivain avait croisé jusqu'à présent, les fenêtres de ce lieux étaient condamnées par quelques planches de bois. La lumière s'échappait à travers les interstices mal calfeutrés, réalisant de fin rayons lumineux visibles à l'œil nu. Pourtant, malgré la luminosité croissante, Michel ne pouvait affirmer si il se trouvait dans un grenier ou bien dans une bibliothèque. L'odeur de vieux papier qu'il avait décelé à l'entrée le prit à la gorge lorsqu'il fit un premier pas à l'intérieur. Il préféra alors s'enrouler le visage avec son écharpe, atténuant la puanteur. Ainsi équipé, il osa donc se risquer plus en profondeur dans ce véritable labyrinthe. De hautes piles de livres épais en équilibre précaire formaient les colonnades d'un « temple au vétuste », abritant des dizaines d'objets insolites appartenant à une autre époque. Un vieux vélo auquel il manquait une roue et une trompette tordue semblaient même avoir fait preuve de mimétisme grâce à la couche de poussière qui les fondait dans l'environnement également couvert de cette substance. Au milieu se trouvait une table, dotée de plusieurs chandeliers dont toutes les bougies semblaient avoir été consumées jusqu'à la dernière goutte de cire. Michel fut heureux de constater que l'amas de livre qui s'y trouvaient ne disposaient pas du manteau de particules, qui semblait être de vigueur en ces lieux. Il en déduisit donc que son vieil ami avait effectué des recherches ou certains travaux dans cette pièce. Il jeta alors un coup d'œil rapide sur l'espace de travail et reconnût même quelques ouvrages de référence au milieu du désordre sans nom qui régnait à cet endroit. Il ravala soudain le sourire qu'il avait esquissé, prit d'un doute, et se précipita pour arracher un épais manuscrit parmi ceux qu'il avait reconnu. Il parcouru la couverture de ses doigts et de son regard, puis se hâta d'en attraper un autre et de faire de même. Après avoir retourné presque l'entièreté du monticule, il se tint immobile un bref instant. La coïncidence était trop grosse, cette fois il en était sûr, il possédait un morceau de l'énigme.

C'est alors qu'un bruit venu de l'étage inférieur le fit sursauter. Il lâcha par réflexe le volume qu'il tenait entre les mains, regrettant presque immédiatement ce geste qui entraîna à son tour un bruit sourd tandis que plusieurs piles d'ouvrages s'effondraient à ses pieds. Michel resta longtemps immobile, à l'affût du moindre indice d'une quelconque présence étrangère. Mais il n'était pas vraiment sûr de pouvoir identifier le son qui lui était parvenu. En fait, il ne savait pas vraiment si il avait entendu quelque chose ou bien si son cerveau énervé par le stress l'avait inventé pour lui. Pourtant, dans le doute, de nombreuses hypothèses se bousculèrent dans sa tête. La police? Un voisin? Un véritable cambrioleur? Mais seul le silence répondit à ses questions. De longues minutes passèrent ainsi; sans que Michel n'ose esquisser le moindre geste. Il pensa un instant à aller se dévoiler, à se rendre et expliquer la situation. Mais il se reprit vite, il n'était pas vraiment dans une situation idéale et il ignorait tout de l'éventuel visiteur. De plus, il avait une mission, qu'il n'abandonnerait maintenant pour rien au monde.

Mais un nouveau bruit vint le tirer de ses songes. Cette fois-ci, il en était certain, il avait entendu une porte s'ouvrir en grinçant. La tension de ses muscles redoubla, Michel pouvait maintenant sentir battre son cœur. Il envisagea les deux possibilités qui s'offraient à lui, fuir ou se cacher. Pressé de sortir de ces lieux sinistres, il opta pour la première, se dirigeant silencieusement vers la porte de sortie. Mais arrivé en haut de l'escalier, il reconnut immédiatement le trait lumineux caractéristique d'une lampe de poche en bas de celui-ci. Il était coincé. Pris de panique, Michel ne prit pas le temps de réfléchir et tourna les talons. Il reconsidéra alors la deuxième option et observa autour de lui, le regard hésitant. Il finit par trouver la cachette qu'il cherchait, se réfugiant sous un vieux drap sombre. Il s'immobilisa du mieux qu'il pût, dans une position stable, attendant le verdict. Il ne savait absolument pas si il était visible de l'extérieur, mais il était trop tard à présent. Son cœur accéléra en même temps qu'il entendait distinctement chaque marche grincer sous les pas du nouvel arrivant, exactement comme elles l'avaient fait sur son passage. Et lorsque l'inconnu arriva sur le pas de la porte, Michel ne put s'empêcher de bloquer sa respiration. Les secondes qui suivirent s'écoulèrent avec une telle lenteur qu'il sentait ses nerfs sur le point de craquer. Il pouvait distinguer le faisceau lumineux à travers la fine étoffe qui le dissimulait, et voir celui-ci effectuer plusieurs allers-retours d'un bout à l'autre de la pièce. Il ne faisait maintenant aucun doute que cet homme cherchait quelque chose. Sans doute perturbé par son tau d'adrénaline élevé, Michel imagina même instant le regard de cet homme braqué sur lui, tel un projecteur de théâtre. Mais celui-ci s'en alla quelques instants après, de la même manière qu'il était arrivé, d'un pas lent et régulier.

Michel explosa intérieurement. Sa respiration bruyante et irrégulière n'arrivait pas à l'alimenter suffisamment en oxygène. Elle lui permettait néanmoins d'évacuer la peur bleue qui l'avait prit aux tripes. Une peur tellement intense qu'il ne se souvenait pas en avoir vécu de pareille. Mais il lui restait encore de l'adrénaline, et ce n'était pas encore terminé. Sa tempe battait si fort qu'elle paraissait sur le point d'exploser. Michel avait du mal à se concentrer lorsqu'il avançait péniblement entre les livres rongés par la vieillesse. Il s'efforçait pourtant de poser chaque orteil avec une délicatesse extrême, bien déterminé à ne pas attirer l'attention une fois encore. Les pas de l'inconnu lui semblaient lointains à présent, peut être provenant de l'autre bout de la maison. Il descendit rapidement l'escalier et se faufila de pièce en pièce, sans prendre à présent le temps d'observer le moindre détail, trop occupé à mettre le plus de distance possible entre lui et l'autre homme. Mais une fois arrivé dans une partie de la maison qu'il ne connaissait pas du tout, Michel se décida à tirer un rideau pour ouvrir une fenêtre. Il enjamba alors celle-ci et commença à courir aussi vite que le lui permettait son souffle pour sauter à nouveau au dessus de la grille. Hors d'haleine, il s'arrêta dans un coin sombre d'une haie voisine pour récupérer ses moyens. Il venait de vivre un moment d'action plus intense que toutes les expériences de sa médiocre existence. Admettant qu'il se sentait à présent plus vivant que jamais, il doutait pourtant d'avoir envie de recommencer. Tournant la tête de gauche à droite, il n'eut aucun mal à identifier la voiture de patrouille stationnée un peu plus loin dans la rue. Il apparaissait clairement que d'une manière ou d'une autre, quelqu'un avait du l'apercevoir dans la maison et appeler la police.

Il repensa alors à la découverte qu'il avait faite dans le grenier-bibliothèque juste avant de manquer de se faire prendre. Cette étrange coïncidence lui avait donné une clé, car tous les livres entassés dans cet espace réduit traitaient ou se rapprochaient de la théologie, à quelques rares ouvrages philosophiques près. On y trouvait de toutes les religions, de toutes les époques et de tous les genres. Si comme il le pensait, cela représentait les derniers travaux de Karl, il était maintenant fort envisageable que la théorie de l'assassinat prenne forme. Un groupe religieux extrémiste aurait-elle voulu le faire taire avant qu'il ne présente le fruit de ses recherches au monde? Michel voulait en avoir le cœur net, et maintenant qu'il avait fouillé la maison, l'étape suivant consistait à questionner le voisinage. Si ils étaient si attentifs aux mouvements extérieurs au point de déceler sa présence presque immédiatement, il devrait pouvoir apprendre quelque chose...

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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Mer 27 Jan 2010 - 20:51

faudrait en faire un livre
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Mar 2 Fév 2010 - 18:22

Tiens, c'est vrai que j'ai pas terminer de dactylographier la troisième partie... je l'ai encore sous version manuscrite... mais ça n'intéresse pas grand monde ici...

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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Mar 2 Fév 2010 - 19:13

Bof si moi je lis, et j'aime bien Smile
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Mar 2 Fév 2010 - 20:52

Tu veux la fin?

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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   Mar 2 Fév 2010 - 22:22

j'achete
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] La curiosité est un vilain défaut   

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